Fausse couche : que se passe-t-il au niveau psychologique ?

La fausse couche est un sujet tabou extrêmement délicat. C’est un événement éprouvant psychologiquement et physiquement pour une femme. Les remarques de la part des proches, même si ça part d’un bon sentiment, sont parfois maladroites. La femme qui vit une fausse couche se sent souvent seule face à cette épreuve et il peut être difficile et long pour elle de la surmonter.

Une fausse couche : qu’est-ce que c’est ?

La fausse couche est quelque chose de très fréquent, que beaucoup de femmes expérimentent. Au niveau médical, une fausse couche est l’expulsion d’une grossesse qui survient généralement au cours du premier trimestre, mais qui peut aussi arriver de façon plus tardive lors du deuxième trimestre.

Comment se manifeste une fausse couche au niveau physique ?

Une fausse couche est un arrêt spontanée de la grossesse. Souvent, une fausse couche est découverte à la première échographie, l’absence d’activité cardiaque de l’embryon révèle que la grossesse débutée il y a quelques jours ou quelques semaines, s’est arrêtée. Il n’y a pas toujours de saignements ou de contractions au préalable. On termine la grossesse soit avec la prise d’un médicament ou parfois avec un curetage. D’autres fois, en début de grossesse, apparaissent des douleurs ou des contractions, comme des douleurs de règles associées à des saignements. Là, une échographie est faite mais souvent, la grossesse est déjà arrêtée ou est en train de se « décoller » autour de l’utérus. L’expulsion spontanée de la grossesse se manifeste par des grosses douleurs et des saignements.

Il y a deux fausses couches différentes, celle qui arrive dans les trois premiers mois de la grossesse « la fausse couche précoce », et celle qui arrive entre le 3ème et 5ème mois « la fausse couche tardive », moins fréquente et aussi très douloureuse à vivre.

Quelles sont les causes ?

La principale cause d’une fausse couche précoce est une anomalie chromosomique. Ce n’est aucunement la faute des femmes, ni des hommes, puisque c’est une anomalie qui se passe pendant la fécondation. Cet embryon n’était pas viable, il ne va donc pas pouvoir s’implanter et il sera rejeter par le corps de manière naturelle. Il peut y avoir aussi d’autres causes plus générales. On va rechercher l’origine si la femme fait une fausse couche tardive ou plusieurs fausses couches. Quand une femme fait au minimum trois fausses couches, on parle de fausses couches à répétition. A partir de ce moment là, on recherchera les causes éventuelles. Cela peut être dû à un problème immunitaire, à une malformation utérine, une insuffisance lutéale. Une prévention pourra être proposée une fois que l’on connaît la cause.

Une fausse couche est une épreuve douloureuse. L’univers médical prend en charge d’un point de vue technique, mais qu’en est-il au niveau psychologique ?

Que se passe-t-il au niveau psychologique quand on vit une fausse couche?

Une fausse couche peut être très mal vécue psychologiquement par une femme car bien souvent, c’est tout un projet qui s’écroule. Elle peut vivre cet événement comme un échec personnel, bien qu’une fausse couche ne détermine pas une incapacité à procréer. La femme a tendance à se culpabiliser, comme si cela était de sa faute. Cette culpabilité ressentie est souvent associée à un sentiment de honte, d’échec, elle se sent responsable et ne s’estime pas à la hauteur. Elle se sent souvent seule face à cette perte. Pas préparée, elle reste avec beaucoup d’inquiétudes et des questionnements : « comment évoquer sa fausse couche alors que personne n’était au courant du début de grossesse ? » La femme, qui ne s’attendait pas à vivre cela, peut se retrouver dans un état de stupéfaction, c’est à dire, un état d’étonnement très profond caractérisé par un sentiment de malaise interne. Avertir ses proches, ses amis de cet événement n’est pas toujours évident : « Comment l’annoncer ? De quelle manière en parler? Mes proches vont-ils comprendre ce que je vis ? » La femme peut être en proie à des doutes, des inquiétudes, des reproches qu’elle peut se faire personnellement, renforçant d’autant plus son sentiment d’impuissance et de solitude face à son chagrin.

L’objet de la perte

Généralement, dès l’annonce de la grossesse, la femme se projette assez rapidement dans la grossesse en elle-même mais aussi dans l’après : la date approximative de la naissance, quel sera le sexe du bébé, etc. En cela, en outre de la perte du fœtus, elle devra faire également le deuil des fantasmes déjà projetés. La femme aura besoin que l’on prenne en considération ses fantasmes, parfois inconscients, et la projection qu’elle a pu se faire.

Le vécu de la fausse couche chez l’homme

Le vécu chez l’homme et la femme est différent, cette dernière vit le deuil périnatal dans son corps et pourra remettre en cause son identité. Elle pourra se poser des questions comme : « qui suis-je si je ne me réalise pas en tant que mère? » L’interruption de la grossesse n’aura pas le même impact chez l’homme qui ne vit pas la perte dans son corps mais de manière émotionnelle. Il est important que l’homme accompagne d’emblée sa conjointe aux rendez-vous gynécologiques, qu’il s’implique dès le départ dans le suivi de la grossesse afin de prendre conscience rapidement de la situation. Au niveau psychologique, cela peut leur paraître encore abstrait, les hommes et les femmes n’intègrent pas les événements de la grossesse de la même manière et à la même vitesse. La douleur psychologique que ressentira le conjoint lors d’une fausse couche dépendra de l’investissement psychique et de la représentation qu’il s’était fait du bébé à venir.

Un homme aura plutôt tendance à se tourner vers l’avenir, à aller de l’avant, venant parfois bousculer la femme par ses paroles. Cette dernière aura, elle, plutôt besoin de vivre ce processus de deuil périnatal étape par étape, venant parfois créer un décalage émotionnel entre eux. L’homme ne comprend pas toujours pourquoi cette perte peut être si profonde et si difficile pour une femme qui le vit.

Enfin, les hommes aussi ont le droit à la parole. Un tabou s’installe souvent autour de leur souffrance alors qu’ils peuvent eux aussi ressentir de la peine face à cette perte. Bien qu’il ne le vive pas de la même manière, l’homme peut se sentir aussi démuni face à la douleur que ressent sa compagne. Il est généralement admis qu’un homme garde la plupart du temps ses émotions pour lui, sans trop dévoiler ce qu’il ressent ou bien qu’il ait plus de mal à en parler.

Les situations singulières :

La fausse couche lors d’une PMA : une situation particulière

Dans le cas d’une Procréation Médicalement Assistée (PMA), la fausse couche est vécue de manière particulière et complexe. La grossesse vécue chez une femme par le biais d’une PMA constitue chez elle la réalisation d’un immense espoir qui arrive enfin souvent après des mois ou des années d’essais infructueux. La fausse couche dans ces cas là entraine chez elle un véritable effondrement, une terrible déception et peut la plonger dans un profond chagrin avec un sentiment d’échec personnel difficile à vivre. Le risque d’une dépression se multiplie dans ces cas là.

Les fausses couches à répétition

Au lieu d’être un événement heureux, l’annonce d’une grossesse pour une femme qui a déjà vécue plusieurs fausses couches, peut être source d’anxiété. En effet, chez certaines, cela entraine un désinvestissement du bébé lors du premier trimestre afin de ne pas « trop s’attacher », si jamais elle le perd ou afin d’éviter de trop se projeter et risquer d’être déçue ou de décevoir son entourage.

Comment ne plus avoir peur de la fausse couche ?

La femme doit oser en parler, à son conjoint, à ses proches, à ses amis. Elle peut aussi choisir de se faire accompagner par un psychologue. Il est important de se faire suivre au cours de cette épreuve et d’accepter le fait qu’une fausse couche soit un deuil à traverser. C’est un processus qui peut prendre du temps. Il y a souvent un décalage entre ce que la femme ressent à l’intérieur d’elle-même et ce que lui projette l’extérieur, car, la fausse couche, au sein de la société, n’est pas « considérée » comme un deuil. Les fœtus non viables n’ont souvent de place que dans le cœur de la femme qui l’a porté et qui a vécu cette fausse couche. Il est pourtant nécessaire de vivre les étapes du deuil et de laisser un espace ouvert à cette blessure. Chacune le vit à son propre rythme, il est important que la femme soit bienveillante envers elle-même. La douleur psychologique est là, elle est présente, il est important de prendre le temps de surmonter cette épreuve. Parfois, certaines femmes ont besoin de poser un acte symbolique (poser un objet, élaborer un dessin, écrire une lettre, faire un tatouage, planter un arbre, etc.)Il peut être essentiel de poser un geste à cette épreuve pour avancer.

Un accompagnement psychologique pourra s’avérer être bénéfique pour une femme afin d’avoir un espace de paroles dans lequel elle pourra se sentir écoutée et déverser toutes ses émotions sans avoir peur d’être jugée ou incomprise. La douleur réelle ressentie doit être vécue, la femme qui a perdu un bébé a besoin que son traumatisme soit reconnu. L’écoute et l’accompagnement permettront d’apaiser la culpabilité qu’elle peut parfois ressentir.

Le thérapeute accueillera la patiente avec son histoire, il sera à l’écoute de la souffrance qu’elle endure afin de proposer une prise en charge psychologique adaptée. Des paroles autour de ce qu’elle vit peuvent être dites pour la rassurer et lui permettre de se reconstruire et avancer plus sereinement.

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